samedi 13 février 2016

15 août Reine - Horseidvika : moutains of might



15-08, 7h15 :

Après plus d’une semaine d’aventure, notre routine matinale est bien rodée. Petit déj’, toilette, habillage, pliage de tente, chargement des sacs : nous sommes maintenant opérationnels en moins de 45 minutes. Nous nous sommes levés tôt pour ne pas rater le bateau à Reine. Il nous faudra une petite heure de marche pour rejoindre Reine depuis notre campement. Le bateau part théoriquement à 10h, mais en pratique dès qu’il est plein, et en été cela peut aller vite… 

Sur la route de Reine, un morceau d'arc en ciel
Du coup, pour être dès 9h au port, nous décollons de notre campement à 8h. C’était sans compter qu’ici, le 15 août sonne la fin de l’été. D’ailleurs tous les horaires de bus, ferry ou de bac passent en mode « hiver » dès la semaine prochaine. Nous sommes donc  (très très ) en avance et le bateau part à… 10h pile.

Avant l’embarquement, et pendant que nous gelons sur le port, nous papotons avec un couple de retraités français. A bord, une autre dame rejoint la conversation. Elle est arrivée depuis 3 jours, avec sa fille et franchement  c’est un scandale que le temps soit si mauvais alors qu’elle a payé si cher son voyage clés en mains. En plus, avec tous ces travaux sur les routes, elle a l’impression de passer sa vie dans sa voiture, rendez-vous compte 2h pour parcourir 60 km ! Elle échange avec nos retraités sur la qualité des rorbus qu’ils ont loués, celui de Svolvaer était TELLEMENT mieux que celui de Reine. Il est TELLEMENT rustique, avec sa minuscule télé et sa vue sur le port au lieu de la mer ! En plus, au resto, elle s’en tire pour 40€ pour deux au resto en mangeant seulement 2 entrées !



50 nuances de Reine
Bon là, j’ai l’air de me moquer, mais cette dame est charmante, et se montre curieuse et même admirative de notre voyage.  Mais tout en étant au même endroit et à la même période que nous, elle vit une expérience si différente de la nôtre que cela nous fait encore sourire deux ans plus tard…

Nous, on n’a rien payé cher, on a bronzé, on mange des soupes lyophilisées, on n’a pas la télé dans la tente, mais on choisit chaque soir la vue qu’on veut avoir, en 2 heures on parcourt 6 à 8 km en moyenne, pas 60... Mais nous sommes ravis ! La liberté et le bonheur se trouveraient-ils dans le dénuement ?

Le bateau –taxi s’arrête au fond d’un fjord, face à une véritable muraille de pierre… Euh… pourvu que ce ne soit pas notre arrêt… Dans le micro, le capitaine annonce le nom du hameau, mais pas encore au point avec la prononciation du norvégien,  j’ai comme un doute.  En réalité c’est un arrêt optionnel, à la demande d’un local ou d’un original. Ouf.
L’arrêt suivant, à Vinstad voit descendre la plupart des voyageurs, dont nos compatriotes. Il permet l’accès facile à la plage de Bunes. C’est apparemment une sortie assez populaire, à la journée. Un grand groupe embarque à son tour : tiens revoilà nos jeunes Limousins !

11h50 Kirkjefjord

 

Kirkjefjord
Au bout du monde, ce village semble habité mais désert. J’imagine que les riverains travaillent tous à Reine et empruntent le bateau (seul accès possible au hameau) chaque matin et chaque soir.
Derrière les quelques maisons, un sentier gravit rapidement la pente vers le col à 200 mètres  d’altitude. L’ascension est rapide et sans grande difficulté. 




Un dernier regard à l'est...



...puis en route vers l'ouest.


Au col,  un vent frais nous saisit. Nous sommes déjà en vue de la plage, tout en bas.
D’ici elle parait proche, mais il ne faut pas s’y fier. Selon la carte, le rivage est environ à 4 km ! La descente se fait sur un sentier qui serpente entre de gros blocs de rochers. Puis il faut progresser le long d’un petit lac au fond d’une looooooongue vallée.














Et qui dit lac, dit tourbières : je ne manque pas d’embarquer de l’eau gadouilleuse dans les chaussures, une fois de plus. A notre gauche, la montagne lisse et sombre ressemble à  un tableau noir taillé pour un colosse.
 
Après les tourbières, la dune, puis enfin, la plage…  Ou du moins, le début de la plage. C’est en fait, une immense langue de sable fin et compact, encaissé entre deux immenses murailles rocheuses.  D’étranges ilots d’un à deux mètres de haut de dune herbeuses semblent avoir poussé ça et là : nous arpentons le paysage d’une autre planète. Après de longues minutes (combien ?), nous franchissons un petit cours d’eau pour accéder à notre but : une proéminence verte, qui monte en pente douce avant de surplomber la mer.






Menthe à l'eau (bon là on ne voit pas bien...)
Encore une fois, la couleur de l’eau est délirante. Des rouleaux déferlent sur la plage lisse, frangeant de dentelle blanche les flots d’un vert émeraude profond. Menthe à l’eau pour géant.


Nous cherchons un long moment l’endroit idéal pour planter la tente car le vent est fort. Les endroits les plus abrités sont au pied de la muraille nord de la vallée, derrière de gros blocs de rochers. Justement, cela ne nous rassure pas plus que cela : il semblerait que ces énormes cailloux proviennent du haut des falaises. Alors tant pis, nous choisissons un endroit plus exposé au vent frais, mais moins propice à l’aplatissement des campeurs. En prime, nous obtenons une superbe vue sur la plage, la mer et la vallée.










13h30 - seuls au monde


Au fond, à 4 km delà, le col... Au milieu, les tertres de dunes (les points verts sur le sable)  font 1 à 2 mètres de haut.


Mountains of might
Les rares randonneurs arrivés en même temps que nous lèvent le camp et se dirigent soit vers Kirkjefjord pour reprendre le bateau de 15h20, soit vers un col voisin, pour traverser l’ile en direction du nord, vers Selfjord puis Kvalvika. Cette rando, nous l’avions prévue avant de partir, mais après avoir jaugé la carté et éprouvé nos premières frayeurs entre Napp et Kilan,  nous avons renoncé.

 
A présent, nous sommes seuls au monde pour quelques heures. Les averses succèdent à de magnifiques éclaircies. Seules la voix omniprésente du vent et la veille constante des montagnes titanesques nous tiennent compagnie. On se sent minuscule face à la puissance  des éléments, et le vide immense qui nous entoure.



Comme dit la chanson : 

“The storm is getting colder
In a place of the frozen sun
Alone on the mountainside
Breathing the clearest winds

The winds are ever blowing
Blowing off the glaciers
Snow descends on the valley
The high impassable drifts

Mountains of might
Mountains of might”

Immortal, Mountains of might . La neige mise à part, on s’y croirait…


Horseidvika...


C’est presque soulagés que nous voyons arriver en fin de journée d’autres voyageurs. De toute façon, l’espace est tellement immense qu’on ne risque pas de se marcher sur les pieds.

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