mercredi 17 juin 2015

10 août, partie 2 : Nusfjord-Nesland

 16h. Nusfjord.

Il paraît qu'avec de la chance, on peut voir des phoques....
Nous repartons donc guillerets de Nusfjord vers le hameau de Nesland. Nous empruntons un sentier côtier "familial". A la sortie du village, un  panneau explique qu'autrefois, avant la construction de la route qui traverse les Lofoten du nord au sud, c'était le sentier emprunté par les pêcheurs avec leurs marchandises sur le dos. Respect.

Nous croisons beaucoup de monde, c'est un sentier très fréquenté. Dès le début, nous interpellons un couple de français qui arrive à Nusfjord sur ce qui nous attend.  Ça va, 1h30 à 2 h maxi, mais il y a une échelle (ah...) et une main courante en corde en haut d'une falaise pour éviter de glisser (euh...) . Bon, du coup on n'est pas rassurés, vu les mésaventures de la veille!

Qu'importe, nous poursuivons notre chemin dans la boue rouge, entre de gros blocs de granite et de l'herbe grasse. Ça grimpe de quelques mètres, ça redescend, on aperçoit ça et là une crique.
Soudain, devant nous, une protubérance rocheuse de la côte, qui culmine à 90 mètres. Et un "sentier" quasi à pic, qui slalome entre les cailloux pour le gravir, mais surtout très érodé par les nombreux marcheurs de l'été! 


16h30. Retour en Limousin

En haut, un groupe d'une vingtaine de jeunes fait coucou aux pauvres malheureux qui attaquent juste la pente. Hinhin!
A mi chemin de la montée, nous les croisons, et nous nous apercevons qu'eux aussi sont français... Diable.  En discutant, ils nous confirment la présence d'une échelle, mais celle ci permet juste de terminer l’ascension de ce rocher, sur  3-4 mètres. Ca ira. Il y a aussi un passage un peu compliqué "au milieu de rochers".  Et puis l'un des jeunes interpelle monsieur Escargot... par son prénom et son lieu de travail... 
Whaaat? 
Ah bin, oui, nous venons de croiser un habitant de notre village de 2000 âmes, et qui plus est, qui a fait un stage au travail de monsieur Escargot [insérer ici une platitude du genre "le monde est petit"].


 Moi je n'en ai pas vu, mais vous pouvez chercher!

Voilà voilà.
Une fois les encouragements d'usage dispensés, nous terminons l'ascension,  passons la fameuse échelle trop facile, en fait, et accédons à un plateau au sommet de cette falaise. La vue est assez belle, mais pas la plus belle du voyage.








En cherchant bien on doit aussi pouvoir voir des trolls.
Nous découvrons un peu plus loin les fameuses cordes-mains-courantes... Effectivement ce n'est pas de trop, car le sentier emprunte un rocher assez penché et comme d'hab, vu l'altitude, la chute serait rude ! Bon, rien de trop trop technique non plus. En regardant côté montagne, on distingue de nombreuses grottes qui, si on laisse son imagination gambader, abriteraient bien des trolls ou autres créatures fantasmagoriques...






En cherchant bien, il y a  un chemin quelque part...
Encore plus loin, nous franchissons à grand peine un chaos rocheux, dans une crique, car nous ne parvenons pas à repérer les balises qui permettraient de l'éviter... Vu la taille des blocs de cailloux  (1 à 2 mètres de haut) la progression est un peu laborieuse. Je fais un mauvais choix, tente de revenir en arrière, mais le poids de mon sac me gêne dans mes mouvements, je dois l'enlever pour sauter, puis le remettre... Pas si facile, et un peu pénible. Là encore, le poids du sac m'apparait comme un paramètre primordial! Avec 6 kgs sur le dos, je me sens déjà entravée, alors j'imagine avec 15 kgs, chargée comme un mulet! 
Nous perdons bien 20 à 30 minutes dans cette petite portion, un peu frustrés de voir que les balises existent, au dessus de nous, mais que nous avons loupé le passage qui permet d'y accéder.








...entre l'herbe, les cailloux, la mousse, les bouleaux.
La fatigue commence à se faire sentir, nous croisons de moins en moins de monde, ce qui nous amène à nous presser un peu plus. A l'occasion d'un ravitaillement en eau, nous sommes doublés par le couple que nous avons croisés à Nusfjord. Ils font l'aller-retour car leur voiture est garée là bas, et s'inquiètent de savoir si tout va bien. Ben oui, nous sommes bien des p'tits escargots! . Mais là aussi, je remarque qu'ils n'ont avec eux qu'un tout petit sac qui correspond à une sortie de quelques heures. Encore une fois, plus léger = plus rapide et plus agile...Ils nous indiquent avant de poursuivre, qu'à la sortie du village nous trouverons aisément plusieurs endroits propices au bivouac.



Les pas commencent à nous coûter, et nous apprenons à nos dépends que garder les vivres de course à portée de main aurait été une bonne idée. Et que cumuler cette petite rando de 8 km avec la route déjà parcourue le matin, n'était pas un trait de génie. Malgré tout, pas d'inquiétude, car les principales difficultés techniques qui nous ont été annoncées sont passées (cordes, échelle, chaos de rochers) et en distance sur la carte, il ne reste presque rien!

Haha. 

Ne jamais oublier, qu'ici les distances ne veulent rien dire, car la côte est tellement découpée et hérissée d'aspérités, qu'en cent mètres à vol d'oiseau, tu as pu grimper et redescendre tout autant en dénivelé. Un regard sur le topo, me fait me rendre compte que je lisais la courbe dans le mauvais sens depuis le début  et que la partie "montagnes russes" nous attend encore, à l'approche du hameau de Nesland.
Rien de très difficile, mais quand on commence à en avoir marre, tout parait interminable!


En tous cas, il y a de vaillants petits escargots.
Loin devant nous, nous voyons le couple de compatriotes qui s'éloigne, et ça commence à tirer sur le moral. De criques en bois de bouleaux, nous terminons malgré tout notre route (en pas loin de 3h! Wouhou!) et arrivons sur un plateau qui surplombe Nesland et offre une vue à couper le souffle sur le hameau, avec le reste de l'archipel en arrière plan. 









Il est près de 19h, nous sommes à l'est des Lofoten, et le soleil doré de la fin de journée se faufile entre les crêtes pour venir taquiner les toitures enherbées et les façades colorées qui tentent pourtant de se glisser dans l'ombre des montagnes.  C'est l'image qui me marquera le plus du voyage. Le temps de sortir l'appareil, la luminosité s'est estompée, mais je prends à ce moment la photo qui reste aujourd'hui ma préférée :



19h. Nesland.

C'est harassés que nous posons le pied à Nesland.

Entendons nous bien. J'ai déjà ressenti une fatigue intense dans ma vie. Mais pas comme ça. Chaque geste est ralenti, j'ai l'impression de marcher comme un zombie, que chaque pas prend une heure... Le temps est élastique...L'adrénaline qui nous a poussés à accélérer sur la fin du sentier est retombée au moment même où nous avons franchi la première maison et commencé à marcher sur la route.

Hé, m'sieur, vous êtes au courant pour l'herbe sur votre toit?

Les 200 derniers mètres sont très très durs. Aussi, nous ne chipotons pas sur le bivouac. Un endroit plat? parfait, on prend. Tant pis si c'est à 10 mètres de la route. Mes forces m'abandonnent quand je pose mon sac. Monsieur est proche du même état, mais trouve la force de monter la tente. Assise par terre, je sens le malaise approcher mais ne parviens qu'à articuler faiblement que ça ne va pas. Monsieur dégaine les abricots secs, qui me donnent une énergie quasi instantanée. Elle est suffisante pour préparer un repas vite avalé, sans plaisir, juste pour reprendre des forces.
On se couche épuisés comme jamais et on passe bizarrement (?) une excellente nuit!



 

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