dimanche 21 septembre 2014

9 août Napp - Kilan(?)



Napp, décollage tardif
Vue sur mer imprenable !

Nous nous accordons une grasse matinée et nous décidons à faire le thé vers 10h. Ces trois journées de course à travers l'Europe, d'avion en train, de ferry en bus puis en kilomètres de bitume nous ont parues éreintantes.  



Première infusion du thé sur le P3RS...




 Le ciel est encore couvert, mais le temps que nous rangions notre barda, il fait un grand soleil. Peu avant 12 heures, nous descendons de nos hauteurs (près de l'endroit appelé Middagsteinen)  et repérons le sentier. Nous plaisantons à nouveau sur le sens du mot "sentier" en français et en norvégien. 







... et première dégustation, face au Nappstraumen.
Nous sommes loin de nous douter que cette piste plus ou moins visible, qui gravit des cailloux, serpente de motte en motte, se faufile entre des forêts de bouleaux nains est en réalité un sentier  de catégorie grand luxe pour balade du dimanche de petites vieilles souffrant d'arthrose, au sens norvégien.






Malgré cette dichotomie sémantique, nous nous émerveillons à chaque pas de la beauté et de la diversité des paysages. Notre leitmotiv retentit à chaque nouvelle découverte : "C'est beau, hein? -Carrément!" 
Nous croisons tour à tour :


- de petits hameaux (très) isolés desservis uniquement par ce chemin et la mer

Hårberget
Hårberget

 -des petits torrents bien pratiques pour se réapprovisionner en eau :







- des murets de pierre sèche comme abandonnés sur la lande :


 - des montagnes et des blocs de granit noir, qui abritent sans doute des cavernes de trolls:



 - des moutons, et encore des moutons :

- Bêêêê!
- ouais, pareil les mecs!

 - des petits lacs et marigots :

Klesvatnet

Nous prenons tout notre temps pour apprécier le spectacle, et prendre beaucoup de photos (vous aviez remarqué?). A la réflexion, ce fût notre seconde erreur de jugement  de la journée. La première? Ce fût de partir si tard...

Après avoir vérifié la carte, nous planifions de nous arrêter pour un déjeuner tardif, en milieu d'après midi, quand nous aurons croisé deux bras de mer et atteint la pointe après laquelle nous devons reprendre vers l'intérieur des terres...

Andopen, où tant va la cruche à l'eau, qu'à la fin elle se casse (presque) la jambe...
Nous arrivons vers 15h au hameau d'Andopen. Ici le marquage du sentier change sur la carte. Ce n'est plus un simple sentier mais un "sentier balisé", marqué en gras. Avant de partir, j'avais repéré plusieurs topos sur internet, qui semblaient indiquer qu'à partir de ce point on obliquait à travers les plateaux montagneux sur notre droite. Cependant, je ne repère aucune trace, la carte n'indique rien de tel, et le long du "sentier côtier" de nombreux cairns ont été montés par des baliseurs... Rassurés par ces repères nous suivons cette piste "officielle".

Après Andopen, nous voilà face au premier bras de mer à franchir. Au bout du chemin, rien pour traverser. Nous avons bien croisé une écluse quelques mètres avant, mais de l'autre côté il n'y a qu'une paroi  rocheuse qui parait infranchissable.

Andopen et son bras de mer fourbe...
Bon pas de panique, nous avons regardé la carte il y a quelques minutes, le sentier doit enjamber un des bras de mer. Ça doit donc être ces cailloux, là, juste devant, qui servent de gué. Monsieur est dubitatif. Je me lance. Il y'a bien un peu de goémon mais ça passe, ça passe...
"Tout va bien! C'est facile, poussin, ça passe... PLOUF"








 Aïe. En fait, non ça ne passait pas. Moment de panique, je suis assise dans l'eau, mes chaussures et chaussettes sont imbibées d'eau salée, mon fourre-tout photo a pris l'eau, mais plus grave j'ai hyper mal au tibia. Première pensée : si je me suis cassé un truc, ici, à 3 heures de marche du premier village, on est foutus!
Je me relève, j'ai très mal, mais ça va, j'en suis quitte pour une grosse contusion. J'ai le moral au même endroit que l'eau de mer : dans les chaussettes. Du coup on avance l'heure de la pause, monsieur me rejoint en traversant pieds nus quelques mètres plus haut, sur un fond sablonneux.
A peine sommes nous assis, qu'arrive un groupe de randonneurs en sens inverse. 
Surprise :  ils ne traversent pas l'eau, mais longent la falaise. Le sentier passe en effet entre d'énormes blocs et n'était pas visible de là où nous étions...Dé-gou-tée, je suis DEGOUTEE.

Le temps de faire sécher un minimum les fringues et de reprendre des forces, nous vérifions la carte. Le sentier longe bien la falaise, c'est indiqué... Et c'est le second bras de mer que nous devrons traverser, pas celui-ci! Bon ben ça nous apprendra à ne pas regarder assez souvent la carte, tiens...



Nous nous remettons en route, je me raccroche au paysage (à coups de "C'est beau, hein? - Carrément!") et aux petits cairns qui balisent le chemin pour reprendre un peu de moral. Peu après en descendant précautionneusement une colline escarpée, nous croisons un randonneur français, qui nous demande jusqu'où nous comptons aller. Je lui explique que nous espérons atteindre le hameau de Kilan ce soir. Il nous indique "qu'il va falloir tracer, parce que ça grimpe". 
 Ah.

On lui souhaite tout de même bon courage, pour la petite colline qu'il grimpe et que nous descendons, car c'est raide. "Oh ça c'est rien."
 Re-ah.

Quelques mètres plus bas nous rejoignons le fameux bras de mer, enjambé par... un pont en rondins. Je sais que ça ne va pas plaire à monsieur alors je me marre un peu et je l'encourage comme peux.








Le sentier qui devient uniquement visible grâce aux cairns, grimpe, grimpe, grimpe le long d'une falaise. Sur la carte j'aurais juré qu'il passait majoritairement en bas, au niveau de la mer, mais en rélaité nous progressons sur un chemin de quelques dizaines de centimètres de large, à environ 100 mètres au dessus de la mer. C'est toujours très beau et exaltant, mais on peut dire qu'on a mangé notre pain blanc avant ma gamelle!






Litlbåhellaren, l'enfer à flanc de falaise
ça grimpe, ça grimpe...


Nous progressons donc très lentement vers la pointe que nous visions pour le pique nique. Nous avons été un peu optimistes, pour le moins! Plus le temps de s'extasier à chaque caillou, et pourtant il y aurait de quoi.
"C'est beau, hein?
- Carrément, mais faut qu'on avance!"




















Victoire, voici le bout du chemin... ou pas...
 A chaque virage, je m'attends à apercevoir l'île de Straumoy qui indiquera la fin du sentier côtier. Je fais même encore un peu la maligne entre deux gros cailloux, croyant que nous sommes presque arrivés.










A l'endroit nommé Litlbåthellaren (je ne parle pas norvégien mais je suis convaincue a posteriori que ça doit vouloir dire "l'enfer pour les voyageurs innocents") j'aperçois une chaine qui longe  le rocher sous un surplomb de la falaise. Cela n'annonce rien de bon coté vertige! Cette chaine est là pour aider les voyageurs à franchir un petit gouffre d'un mètre de large qui offre une vue directe sur le sol, 100 mètres plus bas...Pour cela il faut se plaquer contre la paroi, tenir la chaine à bout de bras, se laisser glisser vers le bas, atteindre une prise pour les pieds et  enjamber le vide. Ce n'est sans doute pas grand chose, mais avec 9 kg de barda et  avec le vertige, ben on dirait qu'on doit traverser le grand canyon, suspendus à un fil d'araignée. Je prends difficilement sur moi et parviens à me lancer au bout de 5 minutes (alors que je ne souffre pas du vertige, personnellement). En fait c'est facile, effrayant, mais facile. Un peu comme de la via ferrata, mais sans mousqueton. Pour monsieur ça prend plus de temps, rapport au vertige...




Restes de voyageur imprudent?
A peine quelques mètres plus loin, et tout juste remis de notre émotion, nous apercevons une seconde chaine, qui cette fois, doit aider à descendre la falaise presque à pic, jusqu'à une pente un peu moins raide, 10 mètres plus bas. Là monsieur refuse net. Nous cherchons un autre chemin mais il n'y en pas. Reste la solution de s'accrocher à la chaine et de descendre. Il finit par se laisser convaincre surtout parce qu'on ne peut pas rester moisir à flanc de falaise, jusqu'à ce que nos proches s'inquiètent et envoient une équipe de recherche! 





Une fois en bas de la chaine, il reste plusieurs dizaines de mètres d'escarpement à descendre avant de rejoindre le niveau de la mer. Cela se fait à travers une forêt de bouleaux nains qui nous sécurisent un peu. Le tas d'ossements de mouton (?) croisé en chemin, beaucoup moins. La pointe est encore loin, la route parait interminable. Il va falloir à nouveau grimper et redescendre un bon morceau de falaise devant nous. Ce n'est pas très difficile techniquement mais cela attaque le moral à la longue. Lorsque nous contournons enfin la falaise pour retourner vers l'intérieur des terres, il est assez tard et je commence à fatiguer surtout nerveusement. Aucun endroit où bivouaquer ici, et je soupçonne que ce sera difficile tout le long du chemin. 

Bon, là c'est juste un aperçu, impossible de prendre la descente en photo en entier, mais bon faut imaginer que les bouleaux font 2-3 mètres de haut...glups.

Note : après quelques recherches, je vois que "hellaren" signifie en fait "caverne" et que dans le coin il y en avait deux (dont une de 70 mètres de haut!) ayant abrité des campements de l'âge de pierre. Zut, on a loupé ça.

 Straumøyvatnet, le bivouac providentiel

L'île de Straumøya en vue, sous les rayons déjà bien obliques du soleil, nous longeons un petit lac vers l'ouest. La fin du sentier côtier rimerait-elle avec fin des falaises à pic à arpenter? Cela nous redonne un peu d'énergie pour aborder une nouvelle grimpette vers Straumøyvatnet, un lac situé 50 mètres plus haut, qui se déverse dans le marigot à nos pieds. 




D'ici la vue est saisissante, les ombres et la lumière jouent  à cache-cache dans le vallon et sur les façades
lointaines de Straumøya mais je suis trop inquiète et fatiguée pour apprécier pleinement. Après de longues hésitations, nous décidons de na pas poursuivre notre chemin et de planter la tente ici, sur le seul coin de bruyère assez grand et à peu près plat que ce plateau rocheux a à nous offrir. Une soupe épaisse de pommes de terres et de lardons est vite avalée et nous fait du bien au corps et au moral, mais nous n'avons pas atteint notre objectif et l'inquiétude de ce qui reste à parcourir demain nous empêchera de passer une bonne nuit.

2 commentaires:

  1. Pourquoi l'inquiétude ? Vous aviez prévu d'arriver à la fin du trajet exactement pour l'heure du ferry ? Parce que là vous n'étiez quand même qu'au 4ème jour, ça laisse le temps de rattraper, de changer l'itinéraire... non ?

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  2. Non, on n'était pas inquiet pour l'itinéraire. A vrai dire, c'est plutôt les grandes inconnues (difficultés, dénivelé, distance, pierriers au dessus du vide ) devant nous pour rejoindre la civilisation qui nous inquiétaient. On s'est vraiment fait une sacrée frayeur ce jour là...

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